samedi 3 juillet 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e01 : Naufragés en Ash’Uerie [séquence 06]


Ils ont été séparés, chacun dans un box « afin de leur présenter des activités touristiques en parfaite adéquation avec leur RdF ». Voilà pourquoi Amy se retrouve assise dans une pièce lugubre et austère, mais pas moins que le type assis derrière une toute petite table, avec son petit costume étriqué tout en dégradé de beige jaunâtre et de vert marronnâtre et dont la seul touche de fantaisie est de porter des lunettes de soleil dans sa cellule mal éclairée. Tel un cerbère de cinquante kilos tout mouillé, il fait rempart de son corps, barrant le passage vers la porte située derrière lui et qui ouvre métaphoriquement aux touristes le chemin vers les joies et les plaisirs de Cenesa (adaptés à leur RdF, cela va sans dire).

Amy est bien décidée à tenir sa ligne de conduite qui consiste principalement à bouder et à ne pas prononcer le moindre mot durant toute la durée de leur séjour, quitte à endurer les pires sévices, voire un entretien à but touristique visant à établir ce qu’elle est capable ou non de supporter intellectuellement en terme de distraction culturelle. Le bruit immanquable de deux portes se verrouillant simultanément se fait entendre au moment même où elle s’assoit. Marquant une pause infime, elle s’autorise un lever de sourcil mais ravale quelques remarques bien senties. Si l’homme en face d’elle avait porté un uniforme, elle aurait pu se croire en garde à vue. Elle éloigne bien vite cette pensée qui pourrait provoquer une crise d’urticaire et mettre en branle la machine à insultes : elle supportera la suite sans la ramener. Elle prend une longue respiration et tâche d’afficher un sourire aimable.

Elle y croyait pourtant : elle avait réussi à ne pas moufeter jusque là, même devant le délire hystérique de l’hôtesse d’accueil. Mais lorsque, comme un hoquet de la ligne temporelle, à défaut d’être narrative, le fonctionnaire détaché au tourisme sort de sa manche un dossier sur lequel s’affiche ostensiblement son nom, elle n’en peut plus, elle ouvre les vannes :

« Ah non mais ça va commencer à finir ! Ne me dites pas que vous en avez un vous aussi ? Y a une bourse d’échange de pochettes cartonnées avec mon nom dessus, ou bien ? Donnez-moi ça tout de suite ! »

Et alors qu’elle se lève pour s’emparer du dossier, l’homme, toujours plongé dans une lecture attentive des différents éléments se rapportant à sa personne, la repousse sur sa chaise d’une pichenette de son bras malingre. La force de l’impact lui coupe le souffle.

« Amy Siwitt, 25 ans, en sous-traitance à Carbone Safe Solutions depuis deux ans. Caractère fort, voire forte tête, tendance à l’emportement, coupable de manquement à la garantie en Ash’Uerie, condamnée aux travaux forcés jusqu’à remboursement de l’amende, délit de fuite. Dites-moi, Mlle Siwitt, que viens faire une repris de justice de votre calibre dans cette brave ville de Cenesa ? Vous fomentez ? »

Amy, livide, en est encore à chercher à reprendre son souffle en émettant le genre de petits bruits pathétiques qui pourrait venir d’un poisson rouge qu’on aurait laissé sécher au soleil.

«  Jouons franc-jeu, si vous le voulez bien. Je ne suis pas vraiment fonctionnaire, voyez-vous, Mr Letendre m’a, disons, laissé sa place. Mais je suis chargé de vous faire une proposition honnête. »

La respiration pour le moins balbutiante d’Amy devient véritablement anarchique et elle se met à émettre de longs sifflements dignes d’un Dark Vador en pleine crise d’allergie asthmatique lorsque l’homme tombe ses lunettes pour laisser apparaître les deux fameuses billes noires en lieu et place des globes oculaires.

« Rejoignez-nous, Amy, en toute conscience, laissez tomber la médiocrité de cette petite PME de province, laissez s’exprimer tout votre potentiel en rejoignant un grand groupe : vous savez que vous valez mieux que ce à quoi ces imbéciles vous cantonnent. Vous êtes brillante, c’est évident, vous avez de l’intuition et les gens vous écoutent. Venez chez nous et nous vous offrirons des opportunités à votre mesure. »

Pour le coup, elle en aurait pleuré. Alors qu’elle recouvre ses moyens, elle se voit hésiter, à sa grande surprise. Il faut dire qu’elle attendait une telle proposition depuis si longtemps : combien de fois ne s’est-t-elle pas joué la scène, avec Val dans une version improbable de sa marraine la bonne fée chargée d’exaucer son vœu le plus cher ? Mais justement, à force d’espoirs déçus, elle s’est définitivement et depuis bien longtemps vaccinée contre tout forme de naïveté en se protégeant d’une bonne couche cynisme acide.

« Remballez vos yeux de lapins morts, on ne me la fait pas, à moi

- A vrai dire, je m’en doutais un peu mais j’avais pour instruction de tenter un recrutement en douceur… pour commencer »

Sur ce, tranquillement, il s’arrache un œil et sans sourciller, lui saute dessus. Elle se retrouve très vite plaquée à terre, impuissante, tandis que d’une main il lui maintient les deux bras au-dessus de la tête et que, de l’autre, il approche inexorablement le globe noir de son œil gauche. Alors qu’elle crispe les paupières de toutes ses forces tout en songeant « Si j’avais été dans une mauvaise série TV, ce serait le moment que choisirait les renforts pour me sauver la mise », elle entend un fracas (presque) inattendu et ouvre les yeux à temps pour voir la porte derrière le cyborg sortir de ses gonds et s’écraser sur le dos de son agresseur, qui bascule sur le coté. De sa position un poil défavorable, encore étourdie, elle ne distingue de son sauveur que les rangers qui piétinent la porte sous laquelle étouffe le fonctionnaire et une main qui, sans hésiter, finit de l’énucléer d’un geste précis et impitoyable. Récupérant l’autre globe dans la main même du cyborg qui git maintenant inanimé, il les broie alors tous les deux sous le talon de sa chaussure dans un petit bruit visqueux non sans rappeler l’impression laissée par un grain de raisin bien mûr écrasé mollement d’un coup langue sur le palet.

« Et bien chérie, il semblerait que je sois arrivé à temps. Dix secondes plus tard et c’est à toi que j’arrachais les yeux que tu as pourtant inoubliables, petite, et crois-moi quand je te dis que j’en ai vu défiler. Mais te trompe pas : ça m’aurait fait mal, mais foi de Jacky, je l’aurais quand même fait. ».

samedi 19 juin 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [séquence 05]


[séquence 05]
Curieusement, les quatre cartes plastiques semblent faire l’affaire : on entend même retentir le « bip » caractéristique qui accompagne d’ordinaire le déverrouillage des portes de l’entrée de C2S.
« Veuillez maintenant décliner vos rangs de formation.
- C'est-à-dire que … euh…
- Je vois, de toute façon, c’est comme ça toute la journée. Mais comprenez-bien que vous êtes dans la Capitale de la Fédération, ces choses là ont de l’importance. C’est sans doute l’anarchie complète dans vos planète de banlieue mais ici, on se préoccupe de mettre en adéquation votre séjour avec vos capacités comme pour tout citoyen de Cenesa. »
Ce n’est pourtant que le milieu de la matinée mais quelques signes inquiétants d’intense fatigue sont décelables chez l’hôtesse. Sa voix n’en finit plus de dérailler, ses épaules sont agitées de soubresauts incessants, quelques tics nerveux agitent son œil droit et il est évident que son discours ne colle plus tout à fait aux standards de l’accueil en cours dans ce genre de lieux.
« Précisez-moi simplement votre parcours scolaire en indiquant clairement le nom de l’établissement et l’intitulé des diplômes que vous avez obtenus.
- Mais je ne pense pas que… enfin, nous voulions simplement… et en plus, on vient, comment dire, de vraiment, vraiment loin alors je ne pense pas que…
- Etablissement et diplômes ! C’est pas compliqué, non ? Notre base de données couvre les 243 planètes de la Fédération alors peu importe de quel trou paumé vous pouvez bien venir et quel brevet minable vous pouvez bien avoir passé, nous saurons déterminer votre RdF. Etablissement, diplômes, maintenant ! »
Là, elle a nettement crié. Discrètement, derrière eux les gens commencent à changer de file et autour d’elle, ses collègues lui lancent quelques regards, tout à la fois réprobateurs et condescendants, avec tout de même une pointe d’inquiétude.
Plus pour la rassurer que vraiment convaincue qu’elle pourrait en tirer quelque chose, Val commence :
« IN(TS)2, Institut National Très Supérieur des Techniques Spatiales, ingénieure spécialisée dans la gestion des projets spatiaux »
Un flot de marmonnements incompréhensibles s’échappe des lèvres de l’hôtesse qui tapote rageusement sur son clavier et finit par tendre une carte plastifiée sur laquelle sont imprimés sa photo et le chiffre « 13728 ».
« Suivant »
Amy s’y colle.
« Université Jouzel, Master 2 Recherche, Méthodes Physiques en Télédétection »
Elle récupère une carte du même type : « 251 894 ». Au tour de Linus.
« E2RA, Ecole Européenne de Recherche Appliquée, ingénieur en gestion de gestionnaire de projet ».
A deux doigts de craquer, la bave aux lèvres, l’hôtesse déverse sur lui un tombereau de haine :
« Mais vous vous prenez pour qui ? C’est quoi cet abruti même pas foutu de comprendre que ça m’a pris une seconde pour voir que non seulement il n’était pas inscrit à cet école mais qu’en plus, elle n’existe même pas ! Mr Linus Bahash, titulaire d’un Master 1 pro « génie informatique » obtenu par correspondance, le voilà, votre foutu RdF, minable ! »
Linus, cramoisi, empoche la carte sur laquelle on devine fugacement un numéro à 7 chiffres.
« Et le grand dadet, il attend quoi pour débiter les même conneries, que je vienne les lui tirer moi-même des amygdales »
S’en suit une litanie qui va durer deux bonnes minutes, sans interruption, et composée de la liste exhaustive et le titre complet des cinq thèses obtenues auprès des universités et des grandes écoles les plus respectables du monde universitaire mondial, toutes délivrées avec la mention « Très bien avec les félicitations du jury et l’incommensurable respect de son Président qui reconnaît le candidat comme l’un de ses pairs les plus émérites »1.
Les yeux encore exorbités et injectés de sang au début de l’énoncé, l’hôtesse finit deux minutes plus tard, en larmes, effondrées, tendant d’une main tremblante une carte portant le chiffre « 42 ».
« Je suis tellement désolée, si j’avais su, mais vous comprenez, c’est toute cette pression depuis qu’ils m’ont dit qu’ils allaient revoir mon RdF à la baisse si je ne faisais pas d’effort, mais que vont devenir mes enfants, ils vont être obligés de changer d’école, et ma grande qui voulait partir en Ash’Uerie faire des études de courtière en assurance, qu’est-ce que je vais lui dire… ».
Abasourdis, les quatre terriens n’entendent pas la suite : elle a été empoignée par trois malabars en costumes sombres, lunettes de soleil, crânes rasés et oreillettes qui l’ont littéralement soulevée de terre pour la faire disparaître par une porte de service.
Comme surgi de sous le comptoir, un sémillant jeune homme au sourire calibré prend la place laissée vaquant :
« Bienvenue au Cenesa, que puis-je faire pour votre service ? »
1 mention qui n’avait plus été attribuée depuis l’invention de la thèse. C’est Théosaurus H. Esis qui, au cours du XIVème siècle, a remis au goût du jour ce concept antique dans la forme moderne sous laquelle elle est arrivée jusqu’à nous. En effet, ne vous êtes-vous jamais posé la question de l’attribution de la première thèse ?
Il faut savoir que la composition d’un jury de thèse peut monopoliser les ressources de calcul d’un centre météorologique pendant plusieurs jours, c’est dire. Il s’agit en effet de se plier à tout un tas de règles du style, il faut au moins une/un professeure, une/un représentante de l’école doctorale, une/un titulaire d’une Habilitation à la Direction de Recherche, la/le directrice/teur de thèse officiel, la/le directrice/teur de thèse officieuse/eux, au plus mais pas moins de deux rapporteuses/teurs qui touchent leur bille sur le sujet, tout à la fois respectées mais suffisamment proches des directrices/teurs officielles/ls/ieuse/ieux pour ne pas avoir la tentation de profiter de tenir un misérable doctorant à portée de gifle pour assouvir quelques revanches professionnelles, une/un invitée désireuse/eux de récupérer la somme de connaissance acquise pendant trois ans afin de mettre le futur post-doctorant au service d’intérêts publiques ou privés, c’est selon, et finalement en limitant le jury à tout au plus cinq personnes, sauf relation cordiale et privilégiée avec le président de la commission des thèses de l’école doctorale (et une fois pour toute, non, la parité homme-femme n’est pas un critère retenu).
Autant dire que seuls sont capables de constituer un jury de thèse acceptable par cette commission, au choix, un spécialiste des mathématiques modernes capables de résoudre des problèmes d’intersection de sous-ensembles topologiques dans des espaces à k-dimensions pendant son sommeil ou, à la rigueur, le champion du monde de ce jeu qui consiste à abattre bruyamment des petites targettes en plastique selon que la personne mystère recherchée est un homme ou une femme, brune ou blonde, porte ou non des lunettes, un chapeau ou non.
Or donc, à chaque doctorant, il faut tout de même une directrice/teur de thèse, elle/lui-même détentrice/teur de cette thèse (et de l’HDR qu’elle/il aura pris soin de passer par la suite et qui lui confère des pouvoirs équivalents à ceux qu’un maître du kung-fu dispose envers son disciple). Mais qu’en est-il donc du premier docteur ? Et bien, il s’agit de T. H. Esis, étudiant en droit, de par la volonté paternelle, d’un niveau relativement moyen voire faiblard, de par sa volonté personnelle et qui, voyant simultanément s’approcher la date fatidique de la fin de ses études et s’éloigner l’espoir de trouver une planque valable qui lui permette de poursuivre une vie somme toute oisive et principalement dédiée à la débauche sous toutes ses formes, eût la bonne idée de s’auto-gratifier du titre de Docteur ès Droit, avec la mention « Très bien avec les félicitations du jury et l’incommensurable respect de son Président qui reconnaît le candidat comme l’un de ses pairs les plus émérites », mention qu’il s’empressa de déclarer réservé à sa propre personne, laissant les simples félicitations du jury aux communs des mortels.
Le principe machiavélique qui a fait le succès du concept est d’avoir réussi à créer l’envie en éditant les règles fumeuses sus citées et surtout d’avoir fait en sorte que seules ceux appartenant au sérail pouvaient coopter les candidats désireux de rejoindre le cercle fermé des privilégiés. Le monde était tel à l’époque, tellement loin des principes moraux qui caractérisent notre société, qu’on aurait fait n’importe quoi pour appartenir à une coterie un tant soit peu sélective ou à une société secrète suffisamment réputée, et que tout le gratin universitaire finit par vouloir obtenir son doctorat, présider un jury, créer son école doctorale ou participer à une commission d’attribution. Et T. H. Esis était leur maître à tous, le premier parmi les élus.
Et puis T.H. Esis est tombé dans l’oubli, perdu dans les limbes de l’histoire suite à la démocratisation de l’accès au titre de docteur par n’importe quel prolétaire ayant profité d’un ascenseur social encore en état de marche mais surtout suite à l’infiltration du cercle par un premier de la classe un peu strict sur les règles d’équité et qui imposa la rédaction du mémoire de thèse, genre de compilation des résultats obtenus pendant les quelques années de recherches précédent la soutenance, le tout enrobé de la prose maladroite du doctorant. Ni les années de recherche et encore moins le mémoire de thèse n’entraient dans la vision première de Théosaurus, qui voyait la soutenance comme une simple cérémonie d’intronisation dirigée par des types en robe et cagoule et agrémentée de quelques épreuves de bizutage.

jeudi 17 juin 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [séquence 04]

[séquence 04]
« Bienvenue au Cenesa, capitale de la Fédération ! Veuillez présenter vos pièces d’identité et décliner vos rangs de formation. »

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, c’est la fine équipe au complet qui est reconduite, Amy, grâce à sa popularité et malgré l’Adjoint, Val, la caution de la Direction, toute à la fois les yeux et la voix de son maître, Phil, parce qu’il est le seul à comprendre ce qui se passe, même si personne ne comprend Phil, Linus, par ce que toute mission a le droit à ses 5% de pertes, et le sac à main à roulettes, parce qu’on ne sait jamais quel temps on aura une fois sur place. Bon, d’accord, le fait qu’ils soient les seuls à parler la langue a aussi dû jouer en leur faveur.

C2S a bâti une bonne partie de sa réussite sur l’utilisation de techniques managériales de pointe. Cette mission est donc accompagnée d’une définition claire des objectifs, à savoir :


  1. en savoir plus sur les us et coutumes de la « Fédération »


  2. récolter le maximum d’information permettant de rentrer fissa


  3. satisfaction du client et reconduite des activités
(le point 3- peut apparaître incongru dans ce contexte mais C2S n’a pas construit sa croissance sur le chipotage dans la définition des objectifs). Le succès de la dite mission sera évaluée à l’aune de critères impartiaux permettant de juger clairement de la complétion des objectifs sus cités, l’échelle d’appréciation d’étalant de « Yeah, mission complete » à « Game over » en passant par « Bien mais pas top ». Une note technique sera délivrée en séance lors de la réunion de débriefing finale afin de rassembler les résultats de l’étude.

A peine débarqués, comme tous bons touristes échoués par hasard dans une ville moyenne de la Province désœuvrée (ou le contraire), l’équipage a eu le réflexe de s’enquérir auprès des autochtones du plus court chemin vers l’office de tourisme ou, à défaut, du syndicat d’initiative le plus proche.
1 
L’aventure extra-dimensionnelle n’a jamais été aussi peu glamour. Une fois entrés dans l’établissement (un office de tourisme, au demeurant), ils ont dû patienter encore une bonne demi-heure en cheminant en zigzag dans une file d’attente au beau milieu des légions prolétaires de touristes en ballade.2 
Mais enfin, les voilà tous les quatre face à une hôtesse d’accueil affublée d’un chapeau ridicule et d’un sourire qu’on aimerait lui faire ravaler à grands coups de liasse de prospectus consacrés à un musée des monuments miniatures.
« Bienvenue au Cenesa, capitale de la Fédération ! Veuillez présenter vos pièces d’identité et décliner vos rangs de formation. »
Comme Amy boude depuis sa rencontre avec l’Adjoint, c’est Val qui remplit la fonction de porte-parole
« Bonjour Mademoiselle, nous souhaiterions…
- Avant toute chose, veuillez présenter vos pièces d’identité.
- En fait, justement, nous voulions seulement…
- J’insiste ! »
Ce n’est pas tant la voix presque hystérique qui déraille dans les aigus ni les subtils modifications dans le sourire que la lueur carnassière qui s’est allumée dans son regard qui pousse à considérer sérieusement les implications implicites du défaut de présentation des dites pièces.
Bien entendu, personne n’a de pièce d’identité, mais cette fois-ci, tout le monde a son badge3.


1 L’office de tourisme est au syndicat d’initiative ce que le bar Lounge et au troquet PMU. Autant le second dégage une vague odeur de poussière accumulée sur des prospectus jaunis, autant le premier, grâce à un anglicisme habilement dissimulé par des experts en Branding, dégage une aura de professionnalisme rigoureux et efficace, même si, on y retrouve finalement les même prospectus., c’est justement là la magie du Branding. La différence essentielle entre les deux réside finalement dans la présence dans le premier et l’absence dans le second d’un ordinateur. Certes, en panne depuis le lendemain de son installation et sur l’écran duquel est scotchée une feuille A4 portant la mention tapuscrite dans une police surchargée « Disponible Prochainement » (3bis)
(3 bis) Notons que la dernière génération de syndicats d’initiative disposait toutefois d’un minitel. Certes, tout aussi en panne que l’ordinateur, mais doté de la même affichette (en noir et blanc et sortie cette fois d’une imprimante à aiguille sur du papier listing prédécoupé et à trous sur le coté)


2 Cela leur laisse le temps de lire quelques prospectus consacrés pour la plupart à un musée des monuments miniatures et de déguster quelques croquant cenesien, spécialité éminemment locale, s’il en est, sorte de parpaing aux noisettes entières. Le musée miniature et le croquant sont des spécialités locales universelles.


3 voir épisode précédent, s01e01 « Naufragés en Ash’Uerie »

mercredi 9 juin 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [séquence 03]

« Bah, la Direction a certes constaté quelques empêchements techniques qui ont eu pour conséquence d’avoir temporairement interrompu notre activité, mais sachez bien que C2S met tout en œuvre pour sortir dans les plus brefs délais de cette période d’incertitude : on en a vu d’autres !
- Bien, si vous le prenez comme ça, je vais moi-même leur expliquer. »
Alors qu’Amy fait mine de se lever, elle se fait prendre de court par l’Adjoint qui lui lance un « Mais je vous en prie, Mademoiselle, allez-y ! », ce qui conduit à la faire se rasseoir bien plus sûrement que s’il n’avait aboyé un « Asseyez-vous tout de suite, petite sotte ! ».
« Non ? Vous vous ravisez ? Alors réfléchissez-bien : dans quel état pensez-vous que se trouvent vos collègues actuellement ? Vous l’avez dit vous-même, nous sommes perdus au milieu de nulle part sans espoir de retour. Et comment croyez-vous qu’ils tiennent le coup ? Ils tiennent parce que nous avons maintenu un cadre, celui dans lequel ils passent un tiers de la journée soit, la plus grande moitié de leurs heures d’éveil. Voilà un point de référence, immuable, une branche à laquelle se raccrocher alors que toute certitude par ailleurs a disparu. Et tout ce que vous trouvez à proposer, c’est de le leur retirer ? Leur expliquer que, ça aussi, ça n’existe plus ?
- Vous voulez que je vous dise, Monsieur l’Adjoint ? Votre cynisme paternaliste me dégoûte : autant, jusqu’à présent, j’étais sûre de ne pas pouvoir supporter de vous voir, même en peinture, autant maintenant je suis certaine de ne plus jamais vous encadrer. Et vice-versa, d’ailleurs. Vous voulez nous faire croire que vous faites tout ça par pur altruisme ? Bien entendu, ce n’est qu’une simple coïncidence si vous vous trouvez au sommet du système que vous voulez maintenir à tout prix.
- Et alors, Mademoiselle Siwitt, qu’est-ce que vous croyez ? Que tout va s’effondrer ici parce que rien ne va plus au dehors ? La situation n’est pourtant pas plus absurde maintenant qu’elle ne l’était avant l’incident, quand on y pense. Que faisiez-vous, chaque jour, avant de jouer les ambassadrices auto-proclamées ? Croyez-vous qu’il est naturel de s’arracher de son lit chaque matin, et de parcourir quelques dizaines de kilomètres dans l’unique but de venir passer huit heures enfermée dans un bureau et se placer sous l’entière autorité d’une personne que vous connaissez à peine pour exécuter une tâche au mieux rébarbative au pire dangereuse pour votre santé ? Franchement, si vous aviez le choix, c’est la vie que vous souhaiteriez avoir ? Et pourtant, vous continuez à vous lever chaque matin. Et vous voulez savoir pourquoi ? A cause d’une idée, une simple hypothèse de base, une convention qui ne tient que parce que tout le monde y croit, comme on pourrait croire à la gravitation ou que le jour vient après la nuit sauf que, contrairement à ces deux exemples, il suffirait justement de ne plus y croire pour qu’elle cesse immédiatement. Cette idée implique que vous n’avez pas la liberté de dormir à l’abri, de manger à votre faim ni d’apprendre le nécessaire et le superflu. Incroyable, non ? On peut crever de froid, de faim ou de bêtise simplement parce que le monde entier continue d’adhérer à ce principe ! Et vous pensez que vous, Mademoiselle Siwitt, du haut de vos vingt et quelques années, vous allez nous jouer le Grand Soir et convaincre tout le monde ici que, c’est bon, on arrête, la plaisanterie est terminée, vous pouvez reprendre le contrôle de vos vies ? Si vous y croyez vraiment, alors allez-y ! D’ici là, je continuerai quant à moi d’assumer mes responsabilités et à faire en sorte qu’une situation pénible ne dégénère pas en une anarchie incontrôlable. »
Et la vie est ainsi faite que certains ont plus le sens de la dramaturgie que d’autres, ou plus de chance tout simplement. Le fait est que le point final à cette assertion moraliste coïncide parfaitement avec l’apparition spectaculaire, à travers les immenses fenêtres affichant jusque-là un vide désespérant, d’un paysage futuriste fait de gratte-ciels immenses et de voitures volantes dans une débauche de design rétro-futuriste-néo-art déco.

samedi 5 juin 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [séquence 02]


« Merci pour ses éclaircissements. La situation est donc moins alarmante qu’on ne pouvait le craindre puisqu’un collègue, en la personne de Mr Giostro, semble avoir trouvé une parade et le moyen, dans un premier temps, de nous faire regagner un endroit sûr. Je vous propose donc de nous retrouver pour une prochaine assemblée au cours de laquelle la direction, après avoir repris en détail, avec nos quatre héros du jour, les circonstances de ce fâcheux incident, vous proposera les diverses options qui s’offrent à nous afin de rétablir la situation à la normale. Maintenant, si vous le voulez bien, je vous propose d’applaudir chaleureusement cette fine équipe qui a su prendre des risques pour nous sortir de ce mauvais pas et je vous laisse regagner vos bureaux. Et merci à vous pour le sang-froid dont vous faites preuve face à cette épreuve. Merci, vous êtes formidables !»

Et comme un seul homme, ou une seule femme, c’est selon, le public applaudit, quelques uns vont même jusqu’à siffler, et tout ce beau monde se sépare en souriant, soulagé de savoir que quelqu’un s’occupe de tout à leur place.



Laurel et Hardy, Poussah et Iznogoud et une fois au moins, Hansel et Gretel, sans que l’on ne sache précisément ni dans quelles circonstances ni lequel des deux était Gretel, le Directeur Général et de son Adjoint portent dans leurs physiques respectifs tout le potentiel comique des plus grands duos du genre. Dans le rôle de l’Auguste, le DG porte à merveille la cravate à pois et toute une série d’épithètes dont jovial, débonnaire, rougeaud et essoufflé ne sont que le début d’une longue liste appartenant au champ lexical réservé habituellement aux personnes dotées d’un certain embonpoint et d’un caractère facile. Qualifier le DGa (notez la minuscule) de Pierrot blanc serait au mieux hasardeux, au pire, risquer un procès en diffamation de la part de l’UAC, United Associated Clown, l’impitoyable Syndicat International des Clowns, dépositaire des marques Auguste & Pierrot et bénéficiaire de la vente des produits dérivés, un procès intenté par pur principe puisque l’Adjoint partage une vision commune de l’humour avec le Secrétaire Général de ce syndicat, un grand type avec une bouche, un nez et des cheveux rouges faisant la promotion de la graisse saturée auprès des enfants.

Nommés à leur poste quelques années auparavant, le Directeur Général et son Adjoint perpétuent à l’échelle de la société les usages de la Vème République. Au DG, qui fait figure présidentielle, la vision long terme, les signatures de contrats en grande pompe, l’équivalent des affaires étrangères donc, et au DGa, Premier Ministre en puissance, le train-train quotidien, le suivi de la trésorerie et les révisions budgétaires, soit, la politique intérieure. D’aucun murmure que ce dernier se contenterait avec plaisir de ce rôle qui lui sied à merveille, voire même, qu’il insisterait pour soulager le DG de toutes les affaires conflictuelles, lui laissant toute liberté pour se distraire avec quelques projets fumeux et farfelus. Vision sans doute partagée par le Conseil d’Administration qui se tourne plus volontiers vers l’Adjoint afin d’avoir quelqu’éclaircissement que ce soit sur un point particulier, ne souhaitant pas interrompre le Directeur dans une méditation contemplative qui pourrait un jour déboucher sur quelque chose de productif et monnayable, avec la même probabilité qu’un singe devant une machine à écrire finisse par écrire un roman à la Marc Mussy ou Guillaume Levo. Réflexion faite, avec largement moins de chance.



Or, donc, voilà nos quatre héros et un grille-pain parlant en face à face avec la Direction, sommés cette fois-ci de rentrer dans les détails de leurs pérégrinations et, dans une moindre mesure, sur les fondements physiques soutenant les sautillements de plusieurs milliers de tonnes de béton d’une planète à l’autre, voire, d’une dimension à l’autre.

Ils ont pour cela rejoint la salle de réunion de la Direction, le modèle grand luxe, du genre à accueillir une dizaine de coton-tige ventripotents, riant réciproquement à leurs bons mots, avec deux fois plus d’éclats lorsqu’ils viennent du DGa, tout en se surveillant les uns les autres du coin de l’œil. Tout y est : la table en bois précieux, les hauts fauteuils en cuir, un véritable trône pour le chef, et la vision panoramique donnant sur… et bien, pour l’instant, sur un néant tout juste assez insaisissable pour que les formes que l’on jurerait apercevoir le rendent définitivement inquiétant.

Comme à son habitude, docile et aimable, Amy a tenté de décrire avec précision l’endroit dans lequel l’intégralité de la Direction pouvait insérer le compte-rendu exhaustif de cette journée « la plus pourrie depuis celle que j’ai passée en petite tenue enfermée à l’extérieur de mon appart » (sic), ce sur quoi, Val, en bon petit soldat, s’exécute docilement, laissant Phil rentrer dans les détails techniques d’une voix légèrement nasillarde.

Le récit achevé, l’Adjoint coupe l’herbe sous les pieds d’Amy, lancée dans une nouvelle tentative d’ergotage, en sortant de sa manche une chemise en carton portant une étiquette sur laquelle elle devine son nom et l’abat sur la table comme y serait abattu un dix de der belotté achevant un capot. Le stratagème est éculé mais ne perd en rien de son efficacité : Amy a beau savoir pertinemment que la pochette est vide, cela ne l’empêche pas de se demander ce qu’elle contient. Rompue à toutes les techniques de déstabilisation, en bonne vétérane des entretiens d’embauche, elle reprend toutefois facilement l’avantage :

« - Arrêtez tout de suite votre petit numéro d’intimidation. Comment pouvez-vous continuer à prétendre que tout est normal ? Vous leur avez demandé de retourner dans leurs bureaux ? Leurs bureaux !? Non mais je rêve ! Alors qu’on est perdu au milieu de nulle part sans savoir si on ne va jamais rentrer chez nous, mais de quel droit ? Au cas où vous ne vous en seriez pas encore rendu compte, on a largement dépassé le cadre du droit du travail. Jetez un coup d’œil par la fenêtre : où qu’on puisse bien être, vous n’êtes plus les directeurs/chefs/responsables de personne ! »

Si la vie était bien faite, ce genre de phrase devrait naturellement s’accompagner de l’effet sonore adéquat, à savoir un gong, au minimum, ou mieux, un grondement de tonnerre, mais elle est ainsi faite qu’elle n’est ponctuée que d’un immonde gargouillis : Linus a choisi ce moment pour se racler si profondément les narines qu’il a dû emporter une bonne partie de ses amygdales dans le même temps1. L’affirmation est tout de même métaphoriquement tombée comme un kilo de plomb sur un chaton fraîchement débarqué2 : l’effroi et l’indignation le disputent avec ce léger frisson provoqué par le plaisir de la transgression. Car voilà prononcé à haute voix cette sentence qui hante les cauchemars de tous les directeurs/chefs/responsables, hurlée par des administrateurs aux canines démesurées et la bouche maculée de sang.

Mais l’Adjoint est un animal à sang froid.



1 car la seule règle qui valle, c’est celle qui veut que le silence se fasse lorsque votre corps vous trahi pour émettre un bruit particulièrement organique et par conséquent définitivement réprimé par l’ensemble des règles de maintient en vigueur dans toutes les dimensions.

2 la présence d’un chaton n’a ici aucune justification littéraire, si ce n’est la satisfaction éprouvée par l’auteur à l’évocation de cette image. Et du petit bruit de succion qui va avec.

mercredi 2 juin 2010

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [Previously on SpaceOd]


[Previously on C2S SpaceOd]

(sur l'air de « Previously on Lost »)

« - Amy, passe dans mon bureau, s’il te plaît. ».

Valérie Lescale : Elle est simplement naturellement dotée de ce que certaines femmes blesseraient mortellement pour avoir. Elle n’a jamais franchi le plancher de verre la maintenant sans espoir de promotion au poste de chef de service, position à laquelle elle se morfond tout en faisant monter sa frustration à des niveaux de pressions tels qu’on aurait pu obtenir des diamants en plaçant des mines de critérium en des recoins bien choisis de son anatomie.

Amy Siwitt : Agée de vingt-cinq ans, si elle n’a certes ni la féminité exacerbée si l’élégance racée de Val, cela ne l’empêche d’avoir mis dans son lit à peu près qui elle voulait. Les quelques malheureux qui ont eu la malchance, au cours d’une soirée, de passer à coté de ses attraits purement physiques et de quelques œillades appuyées, pour se retrouver quelques heures plus tard milieu de l’équivalent matelassier de la bataille d’Austerlitz

Phil Giostro : N’importe qui se perdrait dans les pensées de Phil. Il est brillant, certes, tout le monde en convient, mais d’une manière suffisamment obscure

Linus Bahash : Un spécialiste de l’informatique. Doublé d’un obsédé sexuel. Et cupide. Incontestablement et incommensurablement imbu de lui-même, éminemment conscient de sa supériorité intellectuelle.

Il est tombé sur un verrou qui semblait avoir été posé par le constructeur pour brider les performances de l’ensemble du système, verrou qu’il s’empressa donc de faire tomber. Et à partir de là, tout s’est effondré.

« Bienvenue en Ash’Uerie ! Etes-vous les heureux propriétaires de ce véhicule ?»

- Bon, ça suffit maintenant. Madame, êtes-vous la responsable de tout ceci ?»

- La responsable, c’est moi !

- Très bien. Messieurs, je tiens la responsable, embarquez-moi tout ça »

« - c’est pourquoi nous vous condamnons à une amende de deux cent quatre-vingt quatorze millions trois cent vingt-six mille sept cent trente trois mensualités et dix-sept centimes»

« Laissez-moi retrouver les termes exacts de la note de bas de page de la garantie, ah, oui « Les performances du calculateur JJ2000 ne sauraient être garanties en cas de commentaires des lignes de codes nécessaires à la stabilité du système ».

Sachez qu’un acheteur potentiel s’est déjà fait connaître en la personne du représentant local de la multiplanétaire PLT TransCorp»

Erp C. Raymes : « Mlle Lescale, Mlle Siwitt, je me présente, Erp C. Raymes, chargé des opérations de fusion et acquisition chez PLT TransCorp. Je suis un R.E.ORG. pour Replicated Enhanced Organism, un organisme dupliqué et amélioré. »

Il est beau, une véritable gravure de mode, le profil athénien, la peau bronzée, les cheveux argents, un costume élégant qu’il porte avec prestance. A la place de ses yeux, on trouve deux billes noires et brillantes. Une sonnerie alors retentit, il se penche et ouvre la petite porte de ce qui a tout l’air d’être un mini-bar recouvert de formica et monté sur roulette, pour en sortir un carnet et un crayon.

ISO 9001 : « L’ISO 9001 que vous voyez ici agit comme un amplificateur d’improbabilité.

l’ISO 9001 est un exemplaire unique et nous sommes toujours à la recherche du génie qui l’a créé. Ce même génie qui a crée le moteur transdimensionnel qui vous a amené jusqu’ici.

J’ai le plaisir de vous proposer rejoindre le puissant groupe PLT TransCorp.

- Moi vivante, Monsieur, jamais vous ne mettrez la main sur C2S »

Phil trouva le moyen de se faire un croche-pied à lui-même et s’effondra la tête la première sur le représentant de TransCorp.

« - Phil, pensez à un moyen de sortir d’ici »

« - Phil, faites un effort, vous pensez vraiment qu’on va s’en sortir avec un sandwich … [elle écarte les deux tranches] … à la confiture de fraise ? »

« Quelqu’un a parlé de fraises ? »

Sur quoi, Amy saisit une chaise et l’écrase sur le maton

Il ne leur reste que quelques centaines de mètres à parcourir quand soudain, une agitation certaine les fait se retourner juste à temps pour voir surgir d’une rue adjacente une horde ce qui ressemble à s’y méprendre aux plots en plastique orange servant à marquer les zones de travaux, du moins là d’où ils viennent.

« - Euh, quelqu’un a son badge ? »

« - Phil, pensez au badge, à rien d’autre. »

Et d’un mouvement ferme qui ne souffre aucun retrait, elle attire le visage de Phil et l’embrasse langoureusement.

Alors qu’Amy se retourne vers lui et découvre son air satisfait, elle voit le bras de Val s’élancer, prendre de la vitesse et finir en une gifle magistralement adressée.

« - Vous ne recommencez jamais ça, ou alors je vous ne ferai pas virer pour harcèlement sexuel. »

« - si Linus relance son programme de modélisation, les énormes ressources nécessaires vont obligatoirement conduire à lancer une bille dans un jeu de roulette. Alors oui, on va partir d’ici et non, les probabilités de rentrer chez nous dépendent intrinsèquement sont très faibles.

« Bon, bah, y a plus qu’à, alors… Val ? »

Entrée

Robert : Robert les mains froides, dit Bob les pinces, dit Bobby serre-joint, dit la grosse Berta (mais uniquement dans l’intimité et rarement plus d’une fois) a pris une retraite bien méritée en Ash’Uerie. La seule passion de Robert, c’est son chat,

Alors, le poing vendeur tendu vers les cieux, il fit le vœu de retrouver les criminels qui avaient si sauvagement assassiné son chat

Le complot des traîtres : « Très bien, remerciez Mr Raymes pour sa proposition et faites lui savoir qu’il n’aura pas à faire à des ingrats ».

CSS Entreprise Space Odyssey – s01e02 : Embarqués au Cenesa [séquence 01]


[à lire après le "Previously on SpaceOd"]
[séquence 01]

Il n’est pas nécessaire de connaître son nom : à le voir se promener dans les couloirs, innocemment, avec sa bonne de tête de figurant de second plan qui atteint le premier pour la première fois et sans doute la dernière, avant de retourner dans les limbes de la foule d’arrière-plan ou parmi les quidams qui vont et viennent, des dossiers sous le bras, tandis que dialoguent les véritables héros, on se doute bien qu’il serait de toute façon inutile de le retenir, et, à tendre l’oreille, on entendrait presque résonner les derniers grains du réservoir supérieur du sablier rempli de chacune des secondes de vie qui lui ont été attribués et qui se vident, inexorablement.

Alors qu’il se dirige vers les archives et que, malgré quelques tentatives, le néon refuse de s’allumer mais qu’il se décide tout de même à pénétrer dans la pièce plongée dans l’obscurité, il paraît évident qu’il n’a pas lu le « Manuel de survie à l’usage des figurants passant au premier plan dans une scène d’introduction ». Dans un autre contexte, il aurait été doté du non-grade d’« enseigne » ou encore de ce lui d’« agent », tout de bleu vêtu, mais dans le cadre d’une société privée, disons qu’il fait partie de la masse anonyme des grouillots. Lorsque, intrigué, il se penche pour saisir les deux billes noires qu’à aucun moment il ne s’étonne de trouver au milieu d’une flaque de lumière alors que, est-il besoin de le répéter, le néon ne fonctionne plus, il ne fait plus aucun doute que la nature l’a doté de l’instinct de survie d’une petite cuillère.

Ce qui devait arriver arriva, les deux billes sautent directement de la paume de sa main aux orbites de ses yeux, se font une place, ce qui semble un peu douloureux à l’écoute des cris qu’il pousse sans que personne ne s’en soucie (dans les archives, personne ne vous entend hurler), mais seulement un court instant puisque, après avoir vainement tenté de se les arracher avec les ongles, il paraît se faire à l’idée, se redresse et repart, un sourire un poil mais néanmoins maléfique au coin des lèvres.



Parmi les divers installations dites de confort, comme une cantine, pardon, un restaurant d’entreprise, pour les déjeuners, une cafétéria, pour les moments de détentes entre collaborateurs, des vestiaires et des douches, pour les inconditionnels de la bicyclette et les aficionados de la course à pied, C2S est fière de posséder un amphithéâtre pouvant accueillir toute sorte d’évènements comme la convention annuelle, les séminaires de vulgarisation à usage interne, et, parfois, les assemblées générales du personnel, souvent concomitantes avec les négociations annuelles obligatoires visant à établir l’augmentation générale en particulier et les augmentations individuelles en générale.

Mais une fois n’est pas coutume, c’est sous l’impulsion du directeur générale qu’a lieu cette assemblée pour le moins extraordinaire. Avec une affluence record, soit l’intégralité des personnes présentes dans les murs lors de l’incident interdimensionnel et donc au bas mot 1500 à 2000 collabora-trices et -teurs, l’amphi est plein à craquer. En bas, le directeur général, son adjoint, le directeur des ressources humaines, et deux ou trois responsables de direction, pour faire bonne mesure, sont, par un étrange retournement de situation, sur le point de crouler sous la pression venue de la base. Ils n’ont aucune réponse à apporter aux nombreuses questions plus ou moins angoissées de l’assistance et si la seule mesure qu’ils ont su prendre, à savoir, interdire à quiconque de quitter le paquebot durant les quelques heures qui ont suivi leur apparition au milieu d’un terrain vague, n’a pas été accueillie avec l’enthousiasme attendu, elle est devenu franchement impopulaire lorsque le paysage extérieur a disparu pour laisser place au néant impénétrable qui règne encore au dehors au moment même de cette assemblée.

C’est alors que, tout en haut de l’amphi, la double porte battante s’ouvre brusquement sur Amy qui lance à la cantonade un impérieux « Permettez-moi de prendre la parole ! » suivie de Val, regonflée par la façon dont ils ont su échapper aux griffes de leurs poursuivants, de Linus, qui en fait des tonnes pour se donner l’air ténébreux et rescapé de l’enfer des combats, et de l’ISO 9001 qui se demande comment descendre autant de marches avec des roulettes. Ils sont beaux comme des héros, descendant les marches au ralenti (à part l’ISO 9001), les cheveux en bataille (à part Linus), les vêtements froissés, la peau luisante de sueur, le regard farouche et l’air décidé, sous les vivats de la foule emportée par l’élan et qui les acclame sans trop savoir pourquoi si ce n’est que ça se fait dans ses moments là, lorsqu’on entre dans un amphi au ralenti. Dans un tribunal, une salle de rédaction avec des acteurs des années soixante-dix en bras de chemise blanche ou une salle de contrôle avec des ingénieurs légèrement chauves et lourdement angoissés, ça le fait aussi.

Phil, lui, arrive dans un timing impeccable pour se prendre de volée les deux portes battantes qui se referment derrière eux.

Le récit de leurs aventures est relaté, une fois n’est pas coutume, de conserve par Amy et Val, dans un style un peu trop circonstancié au goût de Linus qui tente par une ou deux fois de souligner l’importance de son rôle dans la reprogrammation du système et l’accrochage du signal du réseau de la Fédération jusqu’à ce que d’un regard, Val lui rappelle qu’ils pourront toujours revenir un peu plus tard sur les circonstances qui ont amené C2S, à sa ligne budgétaire défendant, à faire l’acquisition d’un calculateur défectueux vendu par un VRP véreux. Elles achèvent leur compte-rendu sur les bravos de la foule en délire, qui cette fois-ci, en fait peut-être un peu trop.

On reconnaît l’habileté du dirigeant à se dépêtrer d’un mouvement de grogne social, à sa capacité à saisir le bon moment et à jouer sur les réactions panurgisantes du mouton qui sommeille chez tout un chacun. En cela, l’Adjoint du Directeur Général n’a plus rien à n’apprendre de personne.